Avec ses 180 000 habitants, Kragujevac est la troisième ville de Serbie et le poumon économique de la Choumadie. Son activité industrielle, avec notamment la seule usine de voitures nationale des Balkans, fait d’elle une ville importante pour la vie économique du pays. A l’entrée de la ville, et jusqu’aux abords même du vieux centre s’étend le complexe Zastava : marquant la ville en son sein, l’usine est consubstantielle à la ville et lui a donné son identité depuis 1945. Après l’embargo des années 1990 et l’entêtement du gouvernement communiste, le chômage s’est développé et atteint gravement la ville. Mais surtout les bombardements de 1999 sur Zastava ont laissé des traces, encore visibles depuis les quais et la place « Crvenog barjaka ». Pourtant, ces stigmates d’un passé récent ne doivent pas oblitérer la richesse culturelle d’une ville au passé riche en événements. Car Kragujevac la frondeuse a toujours été contrôlée par les pouvoirs en place : ville « interdite aux Allemands » car les nazis y avaient fusillé 7000 civils en 1 seule journée.
Histoire
Kragujevac a donc démontré à plusieurs reprises dans son histoire son esprit frondeur et indépendant. Mais cela lui a valu des répressions dont elle porte encore les stigmates. Une des première ville à s’être libérée des Turcs le 5 avril 1804, Kragujevac est pourtant à moitié rasée par les Ottomans et doit attendre 1815 pour se rattacher définitivement à la principauté de Serbie. Or elle devient en 1818, pour plus de vingt ans, le centre politique de la Serbie, le prince Miloš Obrenović y installant le gouvernement national. Cela lui vaut dans les années 1830 la construction d’édifices publics comme le lycée, le théâtre et l’imprimerie. Dans ces années-là, le réformateur de la langue serbe Vuk Kardžić vient à Kragujevac et ses alentours collecter les chansons et contes populaires pour en faire une nouvelle grammaire. En 1841, la capitale se déplace à Belgrade, mais Kragujevac développe une zone industrielle de première importance, avec notamment les fabriques d’armement.
Mais cela aiguise les appétits et lui vaut d’être la cible préférée des Austro-Allemands lors de la I° Guerre mondiale. La ville est prise le 2 novembre 1915 et le général Von Mackensen va y établir le siège du haut commandement allié. Lorsque les Allemands remplacent les Autrichiens en 1916, ils s’en donnent à tout va contre ce qu’ils considèrent comme des primitifs slaves indignes de vivre : la terreur s’abat sur la vile, et les avenues sont longées de pendus aux lampadaires, qui restent là pour l’exemple plusieurs jours.Kragujevac a juste le temps de panser ses plaies en développant son industrie et devenant en 1939 la ville industrielle la plus développée, que les horreurs de la Seconde guerre s’abattent sur la ville.Les habitants refusent le pacte signé le 25 mars 1941 par le gouvernement avec l’Axe : en réponse, les Allemands prennent la ville le 11 avril. C’est là que va se dérouler l’épisode le plus tragique de la guerre, peu connu en France, mais qui dénote la sauvagerie et l’inhumanité des nazis et de la Wermacht sur le front Est. Le 21 octobre 1941, en une seule journée, 7000 civils sont tués, représentant presque toute la population masculine de la vile !
Jumelée avec Suresnes depuis 1964, Kragujevac a été décorée en 1986 par le secrétaire général de l’ONU « Porteur de Paix » . En effet, face aux événements tragiques qu’elle a connus, Kragujevac a développé des actions pour la paix, comme l’ « école de la paix », le « passeport pour la paix » ou OKTOH, un festival de musique classique avec pour principales thématiques la lutte anti-guerre.
Centre historique
Les principaux monuments historiques sont regroupés dans un périmètre restreint : depuis la rue Karadjordjević, remontez la rue Knez Miloš vers un parc arboré. Il vous suffit ensuite, à partir du lycée, de descendre la rue Karadžić.
LYCEE. . Dans un style néo-classique, cet édifice entouré d’arbres est un de plus beaux bâtiments de la ville. Parmi les élèves connus, le créateur du mouvement socialiste, Svetozar Marković et deux généraux qui ont collaboré avec l’Armée Française d’Orient en 1915-1918 -Putnik et Mišić.
MUSEE NATIONAL, Vuka Karadžića 1.Expositions permanentes sur la peinture serbe au XIX° siècle et la sculpture et la peinture serbe modernes. Mais surtout, ce bâtiment représentatif de l’architecture de Choumadie au début du XIX° siècle est la seule maison qui reste aujourd’hui du quartier du prince Miloš. Edifié en 1818, ce qui était un palais résidentiel accueillait Miloš Obrenović lorsque dans les années 1820, Kragujevac était la capitale de la Serbie.
MAISON SVETOZAR MARKOVIĆ, , Sveta Marković 21. Maison typique des campagnes de Choumadie, le socialiste Svetozar Marković y a vécu une partie de sa vie. Le musée expose des documents et des objets personnels de ce théoricien socialiste serbe du XIX°siècle.
MONUMENT AUX MORTS DE 1804-1815.. Dans le petit parc face à la Lepenica, un très beau monument d’Ivan Meštrović où l’on voit , dans des positions avant-gardistes, des groupes de combattants s’avancer vers les quatre coins cardinaux.
Musée-mémorial de ŠUMARICE - Le musée qu’il faut absolument visiter, où sont exposés, dans une sobriété qui la rend encore plus émouvante, les photos et les textes des milliers d’habitants tués lors de la journée du 21 octobre 1944. L’événement était tellement en dehors de tout ce que l’on avait connu jusque là que Jean-Paul Sartre écrira : « A chaque fois que j’entends parler de la Yougoslavie, je me sens toujours proche des habitants de Kragujevac, car je me souviens de l’héroïsme de tout un peuple. » Le matin du 21 octobre 1941, en réponse aux exactions commise par les partisans de Tito aux alentours, les généraux nazis donnent l’ordre d’évacuer toute la population masculine et de la diriger vers ces collines de la Šumarice au-dessus de la ville. Beaucoup réussiront à fuir à temps et rejoindront le maquis, mais 2200 personnes seront fusillées en un seul jour. Ouvriers, artisans, ingénieurs ou professeurs se retrouvent dans une fosse commune avec une balle dans la nuque. Mais le plus horrible, c’est l’ordre donné à des enfants d’une école de creuser leurs propres tombes -une tranchée- pendant que leur instituteur devait chanter ; ils seront abattus et leurs corps recouverts de chaux vive.



















